Privatisations: Entre les mauvais calculs, la république des copains

Privatisation d’ADP

La privatisation du Groupe ADP (ex-Aéroports de Paris) a été adoptée définitivement par le Parlement, jeudi 11 avril, lors du vote de la loi Pacte. La décision finale est revenue à l’Assemblée nationale, après le rejet de ce texte à deux reprises par le Sénat.

Malgré des bénéfices en hausse de 6,9 % en 2018 (610 millions d’euros), après plusieurs années de très bons résultats. Pourquoi vendre un bien qui rapporte autant?

Que pèse le Groupe ADP?

Malgré ses initiales, « aéroports de Paris », le groupe est loin d’être simplement une plate-forme aéroportuaire parisienne. C’est un groupe international dont le chiffre d’affaires a atteint 4,47 milliards d’euros en 2018, et qui déploie de nombreuses activités :

  • il possède les plus gros aéroports français : Roissy-Charles-de-Gaulle (72,2 millions de passagers), Orly (33,1 millions de passagers), Le Bourget et une dizaine d’aérodromes ;
  • ces aéroports sont aussi des centres commerciaux d’envergure, avec 386 boutiques et services, qui ont rapporté, à eux seuls, 1 milliard d’euros en 2018 ;
  • c’est le premier propriétaire foncier d’Ile-de-France, grâce aux 6 686 hectares des aéroports, dont 411 hectares sont disponibles. Il détient aussi plus d’un million de mètres carrés de bâtiments (hangars, hôtels, bureaux, etc.) ;
  • il dispose d’une filiale dans la téléphonie (Hub One) ;
  • il a fortement développé sa participation dans le capital de nombreux aéroports internationaux, soit directement (Zagreb, Santiago, Amman, Maurice, etc.), soit par le groupe TAV Airport (Istanbul Atatürk, Antalya, Izmir, etc.).

Le Groupe ADP est officiellement devenu, en 2018, le numéro un mondial du secteur, avec 281 millions de passagers – même s’il devrait perdre ce statut après la fermeture de l’aéroport d’Istanbul, qui représentait à lui seul 68 millions de passagers.

Déjà à l’époque où Emmanuel Macron était ministre des Finances, il avait essayé deux fois de privatiser ADP.

entre mi-2014 et mi-2016. A Bercy, il a supervisé la privatisation des aéroports de Lyon, Toulouse ou encore Nice, et la cession de participations publiques dans Safran, Orange et Engie.

Surtout, il avait déjà voulu, à deux reprises, privatiser ADP, selon le ministre des Transports de l’époque, Alain Vidalies. Une première fois à l’automne 2014, dans le cadre de la préparation de la loi Croissance, où il souhaitait abaisser la participation de l’Etat dans la société, d’un peu plus de 50% à 25%.

Opposé à cette mesure, Vidalies remportera l’arbitrage du Premier ministre Manuel Valls. Une seconde fois un an plus tard: «Le débat sera exactement le même lors d’une réunion ultérieure courant 2015 à l’Elysée […] François Hollande retiendra également mes arguments pour rejeter la privatisation souhaitée par Emmanuel Macron et Michel Sapin», écrit l’ancien ministre des Transports, dans un ouvrage consacré à ses expériences ministérielles sous Hollande

Une vente qui rapporte… moins…

Le gouvernement entend utiliser le produit des privatisations (15 milliards d’euros sont attendus) pour financer l’innovation de rupture. Est-ce une raison valable pour privatiser?

On peut penser que 15 milliards d’euros, cela fait beaucoup d’argent. À condition d’en faire un usage sensé, ce qui est loin d’être le cas! Sur ces 15 milliards, 5 seront consacrés au désendettement. Une goutte d’eau comparée aux 2300 milliards de dette publique. On a d’ailleurs peine à voir l’intérêt stratégique d’un désendettement microscopique, sachant que l’État emprunte pratiquement gratuitement aujourd’hui.

Le reste (10 milliards d’euros), sera donc consacré à la création d’un fonds pour les innovations de rupture. Mais attention, ce n’est pas cet argent qui va financer les start-up directement.

Ces 10 milliards seront placés sur les marchés financiers à un rendement d’environ 2,5%, soit… 250 millions d’euros par an! Rappelons qu’à la base, les actifs vendus rapportaient à eux seuls 700 millions d’euros. On ne voit donc pas très bien l’intérêt de toute cette opération.

Vendre des actifs très rentables pour créer un fonds d’investissement moins rentable et soumis aux aléas des marchés financiers au prétexte de financer les technologies d’avenir est purement et simplement absurde…

Renoncement de l’Etat?

Le plus navrant est que les privatisations actuelles semblent le produit d’un renoncement à toute action publique dans l’économie. D’ailleurs, lorsqu’il possède encore des parts dans des entreprises, l’État nomme des administrateurs sans leur donner la moindre directive. Aussi, dans les conseils d’administration, ses représentants sont le plus souvent silencieux et transparents et laissent la bride sur le cou aux PDG.

L’exemple le plus flagrant est celui de la gestion de Renault. L’État, principal actionnaire, a laissé Carlos Ghosn faire à peu près tout ce qu’il voulait, y compris délocaliser ses sites industriels et, semble-t-il, détourner une partie des fonds de l’entreprise à des fins personnelles.

Ces privatisations sont les symboles du renoncement de l’État face aux forces du marché. L’attachement au service public fait partie de notre identité collective. Hélas le gouvernement, lui, a d’autres priorités, comme par exemple d’offrir des rentes juteuses au privé, dont il espère probablement un renvoi d’ascenseur.

Française des jeux

Raphaële Rabatel, l’épouse du patron des députés LRM, sa nomination à la Française des jeux, un “curieux mélange des genres”.

La femme de Gilles Le Gendre a été nommée directrice de la communication de la FDJ juste avant l’adoption de la loi Pacte, qui prévoit sa privatisation.

Un « curieux mélange des genres », un acte « choquant »… La nomination de l’épouse du chef de file des députés LRM, Gilles Le Gendre, comme directrice de la communication de la FDJ, juste avant l’adoption définitive de la loi Pacte qui prévoit sa privatisation, jeudi 11 avril, a suscité critiques et interrogation au sein de la représentation nationale.

« Si cette information est exacte, c’est profondément choquant. Surtout venant d’une majorité donneuse de leçons comme jamais ! », a tweeté le député Daniel Fasquelle (LR).

« L’épouse du président du groupe LRM à l’Assemblée nationale, nommée directrice de la communication de la Française des jeux en voie de privatisation… #benvoyons », avait aussi tweeté, la veille, la sénatrice socialiste Marie-Pierre de la Gontrie.

Plusieurs élus du Rassemblement national (ex-FN), dont Louis Aliot ou Sébastien Chenu, ont aussi relayé l’information sur le réseau social, tandis que Nicolas Dupont-Aignan (DLF) a critiqué un « curieux mélange des genres… »

Alstom & Général Electric

Ancien conseiller industriel d’Emmanuel Macron au ministère de l’Economie, Hugh Bailey devient patron de General Electric France, qui a racheté la branche énergie d ‘Alstom en 2015. Une nomination qui pose question…

Hugh Bailey, qui a rejoint GE en 2017, a la particularité d’avoir été conseiller pour les affaires industrielles et le financement à l’export au sein du cabinet d’Emmanuel Macron lorsque ce dernier était Ministre de l’Economie du gouvernement Valls entre l’été 2014 et l’été 2016.

A l’époque, Emmanuel Macron avait piloté la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric, après avoir suivi le dossier de très près lorsqu’il était secrétaire général adjoint de l’Elysée auprès de François Hollande.


De Bercy à General Electric


Haut fonctionnaire pendant de plus de 10 ans au sein de l’administration, ingénieur, titulaire d’un master en finance d’entreprise à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Paris, Hugh Bailey a suivi un cursus à l’Ecole nationale d’administration (ENA).

Il a notamment travaillé à la Direction générale de l’armement (DGA), avant de passer à la Direction générale du trésor et de rejoindre le cabinet d’Emmanuel Macron à Bercy.

A ce titre, il a géré de gros dossiers industriels et sociaux. Son arrivée à la tête de GE France est une nouvelle illustration de la pratique très critiquable des «portes tournantes» qui voit régulièrement des hauts fonctionnaires atterrir à des postes de responsabilités bien rémunérés dans le privé.

Mais dans le cas d’Alstom-GE, elle pose particulièrement question: «celui qui a piloté la vente catastrophique d’Alstom à GE va être aussi celui qui va être chargé de dépecer ce qui reste de la branche énergie d’Alstom», s’insurge un représentant syndical de GE France.

La République des copains En Marche!

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