Pourquoi la réforme des retraites créée autant d’incertitude?

La réforme des retraites était l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron, mais dès les premières esquisses de la réforme, les syndicats ont grincé des dents. Pourquoi la réforme des retraites, chère au Président de la République, fait elle autant parler d’elle?

Un système par points 

Le système universel doit remplacer les 42 régimes existants. Il imposera donc des règles communes à tous : salariés, fonctionnaires, indépendants, professions libérales, agriculteurs, etc. Les régimes spéciaux existants comme la SNCF ou la RATP seront supprimés.

Il s’agit d’un système dans lequel chaque jour travaillé permettra d’acquérir des points. Il ne tiendra donc plus compte seulement des 25 meilleures années de carrière pour le privé, ou des six derniers mois pour le public, mais de l’intégralité de la carrière des actifs.

C’est l’un des premiers points qui cause la crispation, l’intégralité de la carrière, cela risque, in fine, de faire chuter les retraites pour ceux qui ont connu des période de travail à temps partiels.

Le taux de cotisation 

Les salariés du privé, des régimes spéciaux et les fonctionnaires cotiseront à hauteur de 28,12 % de leurs revenus bruts (taux assumé à 60 % par l’employeur et à 40 % par le salarié), comparable aux règles actuelles du secteur privé, mais seuls 25,31% donneront droit à des points, les 2,81% restants participeront au financement du système. Les primes des fonctionnaires et des salariés des régimes spéciaux seront prises en compte dans le calcul de la retraite.

Le taux de cotisation des indépendants sera lui aussi fixé à 28,12 % jusqu’à un plafond de 40.000 euros de revenu annuels, puis abaissé à 12,94 % pour les revenus situés entre 40.000 et 120.000 euros. Il est proposé qu’une assiette « brute » soit définie pour les indépendants, proche de celle des salariés.

Le nouveau régime garantira par ailleurs la prise en compte des revenus d’activité des assurés dans la limite de 120.000 euros brut annuels (ou 9.933 euros bruts par mois), sachant que plus le plafond de cotisation est élevé, plus le régime donne droit à des prestations élevées. Une cotisation « déplafonnée » de 2,81 %, qui ne sera pas directement créatrice de droits, sera également due sur la totalité des revenus pour participer au financement du système des retraites.

L’âge de départ à la retraite 

Les assurés auront “la liberté de partir à 62 ans”, c’était la promesse de campagne présidentielle d’Emmanuel Macron.

Mais, cet âge ne peut constituer la référence de départ car elle remettrait en cause l’équilibre du système. Une référence au « taux plein », avec un âge pivot, sera maintenue pour inciter les Français à partir plus tardivement à la retraite.

Cet âge sera fixé à 64 ans en 2025. Il sera assorti d’une décote ou d’une surcote qui réduira ou augmentera la pension de retraite d’environ 5 % par an pour chaque année travaillée en moins ou en plus. L’âge pivot évoluera en fonction de l’espérance de vie de la génération à laquelle l’assuré est attaché. Il sera donc amené à être décalé pour respecter les contraintes financières du régime.

Donc les assurés pourront partir en retraite à 62 ans, mais avec une décote de 10% de leur pension de retraite… Deuxième point capital sur l’âge de départ, le gouvernement pourra le repousser d’avantage en raison de l’espérance de vie, ce qui, pour beaucoup d’observateurs, placerait l’âge de départ à taux plein vers 67 ans. Et avec une décote de 5% par année en moins, ça fait très mal.

La valeur d’achat et de service du point

Au départ de la réforme, 10 euros cotisés permettront d’acquérir 1 point. Jusqu’ici, tout va bien. Les points cumulés seront indexés sur l’évolution des salaires et non pas sur l’inflation.

La valeur de service du point,c’est à dire la valeur du point au moment de la liquidation, devrait être fixée à 0,55 euro si l’on croit les hypothèses économiques et démographiques les plus crédibles, ce qui signifie que 100 euros cotisés garantiront 5,50 euros de pension par an pendant toute sa retraite.

Une fois les points transformés en retraite, les pensions seront revalorisées selon l’inflation pour maintenir le pouvoir d’achat des retraités, comme c’est le cas aujourd’hui.

Une surcote de 5% est prévue pour chaque enfant, et ce dès le premier enfant, en revanche la surcote liée au nombre d’enfant ne pourra être valable que l’un des deux parents, à priori, le premier des deux parents qui partira à la retraite.

Exemple:

un ouvrier rémunéré au smic (1 521,22 euros brut par mois), qui aurait commencé a travailler à 20 ans et qui partirait en retraite à 64 ans percevrait 931,75€ de pension de retraite mensuelle.

La formule détaillée est la suivante : 1 521,22 euros de salaire mensuel × 12 mois × 44 ans × 0,2531 = 203 290,98 euros de salaire ouvrant droit à des cotisations. Cent euros cotisés donnent droit à 10 points et 1 point donne droit à 0,55 euro de pension mensuelle, cette dernière vaut donc [(203 290,98/10) × 0,55]/12 = 931,75 euros.

Le même exemple, mais s’il souhaite partir à 62 ans à la retraite, le calcul est donc le même sauf que l’on remplace les 44 années de cotisations par 42. La pension de retraite mensuelle serait alors de 889,39 euros moins les 10% de décote pour être parti en retraite à 62 ans au lieu de 64, soit une perte de 88,93 euros par moi. La pension de retraite serait alors de 800,46 euros/ mois.

Bref!

Pour autant le gouvernement table sur une retraite à taux plein (120 trimestres de cotisations) minimale à 1020 euros mensuel contre 695,59 euros par mois avec le régime général d’aujourd’hui pour ceux qui peuvent prétendre à une retraite à taux plein.

Le projet de loi est pour l’heure toujours débattu et les amendements aux parlements seront certainement nombreux, mais le gouvernement a été clair et a réaffirmer sa fermeté quant à son intention de voir la réforme votée sans faire de concessions.

L’immense majorité des syndicats maintiennent leurs appels à une grève générale et illimitée pour contrer le projet de réforme des retraites le 5 décembre prochain. Le gouvernement a joué une fois de plus la fermeté aux sujet des mobilisations à venir, mais après un an de grogne sociale, pourra t-il réellement rester sourd aux mobilisations…

 

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