Grand Débat: Chiffres gonflés, analyses tronquées et petits arrangements.

Après la restitution de la consultation lancée pour répondre aux “gilets jaunes”, les documents de synthèse montrent que le nombre de contributeurs a été surestimé, et que plus de la moitié des contributions n’ont pas pu être prises en compte.

Quatre jours après la synthèse du grand débat national, le 8 avril, détaillée par l’exécutif, les documents de synthèse, épluchés par nos soins, ont révélé quelques accommodements, voire distorsions de vérités, dans la manière dont le gouvernement s’en est saisi. 

Une estimation très douteuse du nombre de participants

Selon le gouvernement, 1,5 million de personnes ont participé à la concertation : un tiers sur la plate-forme internet, la même proportion lors des réunions locales et le dernier tiers sur les autres supports, comme l’a précisé Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat à la Transition écologique, l’une des deux ministres coordinateurs du grand débat. “Environ 500 000 personnes se sont exprimées à travers les ‘cahiers citoyens’ et à travers des courriers à la mission grand débat”, a-t-elle déclaré.

Comment Emmanuelle Wargon obtient-elle ce chiffre de 500 000 ? Son cabinet explique avoir estimé à 25 le nombre de pages par “cahier citoyen” et jugé qu’il y avait un participant par page. À l’arrivée, cela donne en effet un peu moins de 500 000, inutile de sortir la calculatrice, nous nous occupons de tout!

  • 25 contributeurs × 18 647 cahiers + 27 374 courriers et courriels = 493 549 participants sur ces supports.

Sauf que la réalité est bien différente, si l’on regarde la synthèse du cabinet Roland Berger qui a analysé ces documents, il apparaît seulement 11 contributions en moyenne par cahier et non 25. Refaisons le calcul, cela ne donne plus que 234 000 participants, au lieu de 500 000 : cela fait tout de même deux fois moins

  • 11 contributeurs × 18 647 cahiers + 27 374 courriers et courriels = 234 216 participants sur ces supports.

Les chiffres peuvent se tordre à volonté, mais la réalité, elle, reste inchangée!

Plus de la moitié des contributions n’ont pas été prises en compte

“Des équipes qui ont beaucoup travaillé vont pouvoir vous livrer aujourd’hui une analyse à la fois riche, plurielle, transparente, exhaustive.” avait déclaré Emmanuelle Wargon le 8 avril dernier, encore une fois, entre la vision du gouvernement et la réalité, il y a un véritable fossé.

L’analyse est en effet exhaustive pour ce qui concerne les participations en ligne… mais pas pour les autres. Question transparence, on repassera plus tard…

Moins d’un document de contribution hors ligne sur deux a été pris en compte, c’est ce que l’on comprend à nouveau à la lecture de la synthèse détaillée du cabinet Roland Berger. Pour des questions de délai, le cabinet a stoppé son analyse aux textes qui avaient pu être numérisés au 22 mars, soit 54% de l’ensemble des cahiers citoyens, courriers, e-mails et comptes rendus de réunions locales.

  • 24 183 documents analysés sur 44 975 documents reçus.

En tenant compte du nombre actualisé de courriers et courriels (27 374 contre 16 874 selon le site du grand débat), on tombe donc à moins d’un document sur deux de cette catégorie analysé (43%).

La désinformation du gouvernement

Avant même la restitution au Grand Palais, le ministre chargé des Collectivités territoriales, Sébastien Lecornu, affirmait dans le quotidien Ouest-France que les sujets “dont on a le plus entendu parler au début, notamment l’ISF et le référendum d’initiative citoyenne (RIC), se sont progressivement dilués avec d’autres préoccupations”.

Une dilution plutôt à haute dose pour ce qui est du retour de l’ISF : s’il n’apparaît pas forcément au tout premier plan des contributions internet et des réunions locales, il fait bien partie de ce qui fait “consensus”.

Selon les termes de l’analyse du cabinet Roland Berger des cahiers citoyens et courriers. Il s’agit même de la proposition la plus citée sur ces supports…

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