Gilets jaunes blessés:  «Des policiers seront renvoyés en correctionnelle»

Dans une interview exclusive au Parisien – Aujourd’hui en France, le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, dresse le bilan judiciaire des six mois de mobilisation des Gilets jaunes. Concernant les Gilets jaunes blessés:  «Des policiers seront renvoyés en correctionnelle»

 

“Personne ne bénéficiera d’une quelconque impunité”

Nommé à la tête du parquet de Paris début novembre, Rémy Heitz a d’emblée été happé par la gestion des débordements en marge des rassemblements des Gilets jaunes.

Samedi après samedi, Acte après Acte, la capitale a connu des pics de violence, imputés aux manifestants, mais aussi aux forces de l’ordre. Critiqué pour la timidité présumée de son parquet à poursuivre les auteurs de violences policières, le procureur assure que personne ne bénéficiera d’une quelconque impunité. Et annonce pour la première fois les suites données aux enquêtes visant les forces de l’ordre.

Des chiffres en trompe l’œil 

“Depuis le début du mouvement le 17 novembre, nous avons recensé 2 907 gardes à vue [NDLR: Chiffres concernant le parquet de Paris]. En dépit de ce contentieux de masse, nous avons toujours privilégié une approche personnalisée de chaque situation et eu le souci des victimes.”

1 304 gardes à vue ont donné lieu à un classement sans suite, soit 44,8 % des dossiers. 1 357 personnes ont en revanche été déférées, dont 515 jugées en comparution immédiate. Pour les autres, nous avons eu recours à tout le panel des réponses pénales : plaider-coupable, convocation ultérieure… Nous avons aussi requis beaucoup d’interdictions de paraître.”

Sur les faits présumés de violences policières?

“Je veux être très clair : il n’y a aucune volonté de ma part d’éluder ces violences ou de les minimiser. À ce jour, 174 enquêtes ont été ouvertes : 171 confiées à l’inspection générale de la police nationale (IGPN) et 3 à l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). 57 dossiers ont été clôturés et remis à mon parquet qui est en train de les analyser. Je peux d’ores et déjà vous dire que 8 d’entre elles ont justifié l’ouverture d’une information judiciaire, c’est-à-dire que la poursuite des investigations est désormais confiée à des juges d’instruction” déclare Rémy Heitz au journal Le Parisien.

Ces dossiers concernent les faits dénoncés par Jérôme Rodrigues le 26 janvier ou bien encore ceux commis dans un restaurant Burger King le 1er décembre.

“Il s’agit notamment des dossiers où les préjudices sont les plus lourds, avec des infirmités permanentes par exemple, qui datent pour la plupart des premières manifestations de novembre et décembre. Plusieurs dossiers ont trait à l’usage de lanceurs de balle de défense (LBD)“, précise le Procureur de la République de Paris.

Une différence de traitement entre manifestants et Forces de l’Ordre?

Entre les comparutions immédiates d’un côté pour les Gilets Jaunes, et de l’autre, le temps long des enquêtes judiciaires, le Procureur de la République se défend de toute différence de traitement et précise:

“Il faut rappeler que les forces de l’ordre peuvent avoir un recours légitime à la force, ce qui n’est pas le cas des manifestants venus pour commettre des violences ou des dégradations. La question est alors de savoir si policiers et gendarmes ont pu parfois faire un usage illégitime ou disproportionné de la force. Cela prend du temps : il faut analyser des heures de vidéos, recueillir des témoignages, identifier les auteurs et évaluer le préjudice des victimes… Mais la justice passera dans ces affaires, comme dans toutes les autres.”

Quel bilan des violences policières?

Depuis le 17 novembre, le journaliste David Dufresne a comptabilisé, à ce jour, 802 signalements au ministère de l’Intérieur. Parmi ces signalements:

  • 1 décès
  • 289 blessures à la tête
  • 24 éborgnés
  • 5 mains arrachées
  • 5 Blessures aux parties génitales
  • 160 Intimidations, insultes, entraves à la liberté de la presse
 

Ces 802 signalements concernent 593 manifestants, 107 journalistes, 43 mineurs/lycéens, 32 street médics et 27 passants.

Les blessés recensés par David Dufresne sont compilés sur son fil twitter, si les chiffres sont souvent minimisés dans les médias, ils sont pourtant encore loin des réalités.

Sur le terrain, nous constatons à chaque manifestation que certains blessés veulent garder l’anonymat, ne veulent pas être mis en avant, pire, certains ont peur de représailles ou de poursuites judiciaires…

Témoins ou victimes de violences policières?

webinfo-france transmet systématiquement chaque fait porté à notre attention ou ceux dont nous sommes directement témoins. 

Vous pouvez contacter directement David Dufresne par mail:

  • placeb@davduf.net

Pour chaque signalement, et dans la mesure du possible, pensez à indiquer:

  • La date
  • Le lieux (ville, rue)
  • Forces impliquées (Bac, CRS, Gendarmerie Nationale ou Police Nationale etc)
  • Détailler au maximum les faits en précisant le type de violences
  • Joindre des photos ou vidéos de la scène s’il en existe.
  • En cas de blessures graves, envoyer les copies des certificats médicaux ou d’examens médicaux. 

Garantie de l’anonymat pour toute personne qui en fera la demande.

libero. porta. risus accumsan Aenean id, leo. sed risus. Praesent