Chômage: Les prévisions inquiétantes de l’INSEE et de la Banque De France

L’INSEE et la banque de France pessimistes sur les projections de chômage en France après la publication des chiffres du deuxième trimestre. Le taux de chômage diminue. Vraiment? En réalité la part des personnes de 15-64 ans sans emploi et souhaitant travailler (au chômage et dans son halo) augmente de 1,2 point au deuxième trimestre 2020 et atteint son plus haut niveau depuis 2016.

Une baisse en trompe l’œil du chômage 

Au deuxième trimestre 2020, le nombre de chômeurs au sens du BIT (Bureau international du travail) diminue de 271 000, à 2,0 millions de personnes. Le taux de chômage au sens du BIT baisse ainsi sur le trimestre de 0,7 point, à 7,1 % de la population active en France (hors Mayotte). Le taux de chômage diminue pour les 25-49 ans (–0,8 point) et les 50 ans et plus (–1,0 point) mais il augmente fortement pour les moins de 25 ans (+1,8 point).

Cette nette baisse du chômage, alors que l’emploi chute dans le même temps, est inhérente à la définition même du chômage. De fait, un chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT) est une personne âgée de 15 ans ou plus qui satisfait aux trois critères suivants :

  • est sans emploi pendant une semaine donnée ;
  • est disponible pour travailler dans les deux semaines à venir ;
  • a effectué, au cours des quatre dernières semaines, une démarche active de recherche d’emploi ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois.

Au deuxième trimestre, la baisse du taux de chômage résulte d’un fort recul du nombre de personnes sans emploi en recherche active d’emploi pendant la période de confinement. Cette dernière a en effet fortement affecté les comportements de recherche active d’emploi sur la première partie du trimestre (pour les personnes sans emploi dont le secteur d’activité privilégié est à l’arrêt par exemple). Au total, au deuxième trimestre 2020, la nette baisse du chômage au sens du BIT ne traduit pas une amélioration du marché du travail mais un effet de confinement des personnes sans emploi qui l’emporte sur l’effet de hausse du nombre de personnes sans emploi. 

Principale contrepartie de la baisse du chômage, le halo autour du chômage s’envole au deuxième trimestre

Parmi les personnes inactives au sens du BIT, 2,5 millions souhaitent un emploi sans être considérées au chômage: elles constituent le halo autour du chômage. Leur nombre bondit de 767 000 par rapport à un premier trimestre 2020 déjà en nette hausse (+44 000). La très forte augmentation du halo concerne principalement les personnes inactives qui se déclarent disponibles pour travailler mais ne sont pas en recherche active d’emploi (+709 000). La part du halo dans la population des 15-64 ans augmente ainsi de 1,9 point sur le trimestre (+2,2 points sur un an), à 6,0 %, son plus haut niveau depuis que l’Insee le mesure (2003).

Cette hausse exceptionnelle représente la principale contrepartie de la baisse du chômage : parmi les personnes sans emploi souhaitant travailler, un grand nombre n’ont pas recherché activement un emploi du fait du confinement de la population et de l’arrêt de l’activité de nombreux secteurs, et de ce fait basculent du chômage vers son halo.

Du fait de la nette baisse de l’emploi, la hausse du halo fait plus que compenser le recul du chômage. Ainsi, la part des personnes de 15-64 ans sans emploi et souhaitant travailler (au chômage et dans son halo) augmente de 1,2 point au deuxième trimestre 2020 et atteint son plus haut niveau depuis 2016. 

Le taux d’emploi chute au deuxième trimestre 2020, plus particulièrement celui des jeunes

En moyenne au deuxième trimestre 2020, le taux d’emploi des 15-64 ans diminue de 1,6 point à 64,4 %, après une stabilité au premier trimestre. Il atteint son plus bas niveau depuis début 2017. Il diminue pour toutes les catégories d’âge et de sexe. La baisse est particulièrement marquée pour les jeunes (–2,9 points, à 26,6 %), dont le taux d’emploi atteint un plus bas historique depuis que l’Insee le mesure (1975).

Le concept d’emploi dans l’enquête Emploi se réfère aux critères du Bureau international du travail (BIT) : sont comptabilisées dans l’emploi les personnes ayant travaillé au moins une heure rémunérée pendant une période donnée, mais également les personnes n’ayant pas travaillé pour certaines raisons (congés rémunérés, arrêts-maladie, chômage partiel, etc. – dans certains cas, sous conditions de durée). Pendant cette période de crise sanitaire, un nombre inédit de salariés se sont trouvés en situation de chômage partiel ou d’arrêt de travail pour maladie ou garde d’enfant : ces personnes restent bien considérées comme en emploi.

Le sous-emploi bondit à un niveau inédit du fait du chômage partiel

D’ordinaire, le sous-emploi concerne essentiellement les personnes employées à temps partiel qui souhaitent travailler davantage. Au deuxième trimestre 2020, le sous-emploi bondit pour atteindre 20,0 % des personnes en emploi (+12,0 points), un niveau inédit depuis que l’Insee le mesure (1990). Cette hausse est due à la très forte augmentation du nombre de personnes en emploi (à temps plein ou à temps partiel) qui déclarent des journées non travaillées en raison d’un chômage partiel, dans le cadre du dispositif exceptionnel d’activité partielle pour maintenir les salariés en emploi.

Au total, près d’un participant au marché du travail sur trois (personne active ou dans le halo autour du chômage) se trouve au deuxième trimestre 2020 contraint dans son offre de travail, soit par l’absence d’emploi (au chômage ou dans le halo autour du chômage), soit en situation de sous-emploi. Cette part bondit de 11,8 points à 31,7 %.

Les taux d’emploi à temps complet et temps partiel diminuent

Le taux d’emploi à temps complet s’établit à 53,5 % au deuxième trimestre 2020. Il se replie de 1,2 point sur le trimestre et de 0,7 point sur un an. Le taux d’emploi à temps partiel diminue plus modérément de 0,4 point, à 10,9 %, son plus bas niveau depuis 2009.

Le taux d’emploi en CDD ou intérim s’affaisse nettement

Le taux d’emploi en contrat à durée indéterminée (CDI) des 15-64 ans atteint 49,2 % au deuxième trimestre 2020. Il diminue de 0,3 point sur le trimestre après une quasi-stabilité (+0,1 point) le trimestre précédent. Sur un an, il est quasi stable (–0,1 point). Surtout, le non-renouvellement des contrats à durée limitée pendant la période de confinement entraîne une forte baisse du taux d’emploi en contrat à durée déterminée (CDD) ou en intérim, qui diminue de 1,2 point sur le trimestre et de 1,1 point sur un an. À 6,4 %, il se situe mi-2020 1,7 point au-dessous de son plus haut niveau atteint fin 2017.

Le taux d’activité s’effondre au deuxième trimestre

À 69,4 %, le taux d’activité des 15-64 ans atteint son plus bas niveau depuis 2007. Il diminue de 2,3 points au deuxième trimestre 2020, après une légère baisse au trimestre précédent (–0,2 point). Cette chute concerne toutes les catégories d’âge et de sexe. Elle est plus prononcée pour les jeunes (–3,0 points), en particulier les hommes (–3,5 points), et les 25-49 ans (–2,6 points).

Cette baisse en moyenne sur le trimestre résulte à la fois de la baisse du taux d’emploi et de la bascule du chômage (situation d’activité) vers le halo autour du chômage (situation d’inactivité).

Les projections inquiétantes de la Banque de France

La Banque de France a publié ses projections sur les chiffres du chômage, basées sur les données de l’INSEE, et ces projections sont pour le moins pessimistes. Selon les Projection de la Banque de France, le chômage devrait s’approcher des 12% entre le troisième trimestre 2020 et 2021, un taux de chômage inquiétant et jamais vu en France.

(Source: Insee enquête emploi ; INSEE ; Banque de France) 

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