Bruxelles: Des centaines d’arrestations abusives et de gardes à vue illégales

Ce dimanche 26, jour des élections, les Gilets Jaunes belges s’étaient donné rendez-vous à la gare Bruxelles-Nord où ils ont afflué à partir de 13h00.

Rapidement les manifestants comprennent que les très nombreux policiers présents ne sont là que pour une chose, les contenir et les empêcher de manifester.

Plusieurs centaines de Gilets Jaunes sont alors nassés, gazés puis interpellés les uns après les autres.

Parqués comme du bétail

Les interpellations se succèdent et les heures passent dans cette “garde à vue à ciel ouvert”, certains ne seront interpellés qu’aux alentours de 20h00. 

Premier problème majeur, les policiers belges n’ont notifiés leurs droits à aucun des manifestants que nous avons pu contacter, personne ne leur a signifié leur garde à vue.

Les manifestants ont été conduits dans une ancienne caserne militaire où ils seront alors entassés comme du bétail dans des cellules surpeuplées. L’un des manifestants, jeté en cellule par quatre policier est dans un état grave, après une longue insistance et des cris acharnés, après avoir ignoré les appels au secours des manifestants, deux policiers viennent (enfin) voir ce qu’il se passe. webinfo-france s’est procurée la vidéo filmée depuis l’intérieur d’une des cellules où l’on y voit le jeune manifestant dans un état préoccupant. 

D’autres manifestants emmenés dans un hangar

Une fois l’ancienne caserne remplie, les autres manifestants, jusque là toujours nassés, ont été emmenés dans un hangars, un Gilet Jaune français, membre d’Amnesty International, était présent avec un groupe d’amis, il nous raconte,

“On a été triés, en fonction de notre âge, de notre sexe, on se serait cru dans les camps nazis. Ils nous ont placés par cinq dans des cellules de 1 mètre sur 3, le sol était couvert d’hydrocarbure”

 

Un témoignage à glacer le sang

“Ce que je retiens de ce 26 mai de manif à Bruxelles c’est cette promesse en photo, gravée à vif au mur de notre cellule (il y avait au moins une dizaine de cellules remplies, ou nous étions entassés / parqués par 50 alors qu’elles étaient prévues pour 20…).”

5 heures en garde à vue au motif d’une “arrestation administrative” (c’est à dire arbitraire / préventive et sans motif valable), tout ça parce que hier nous avons tenté de manifester notre désaccord envers le néolibéralisme et la main-mise de l’UE sur nos vies, beaucoup étaient là pour des raisons diverses mais nous étions tous rassemblés dans une détermination commune envers la dérive de ce monde destructeur et inégal! C’était ma 1ère manif, au lieu de voter inutilement (ce que je ne fait plus depuis longtemps) j’ai mis le Gilet Jaune et suis allé rejoindre les centaines de courageux qui étaient venus de partout nous rejoindre à Bruxelles.

Des milliers étaient attendus, mais la plupart ont étés détournés avant d’arriver ou empêchés de nous rejoindre, la Police était très bien organisée et renseignée, les manifestants l’ont sous estimée je pense. Résultat malgré l’autorisation de rassemblement la manif fût interdite et empêchée au dernier moment si j’ai bien compris, alors que le droit de manifester est censé être sacré dans un pays soit disant “libre” et “démocratique”…

Nous n’avons donc pas pu marcher et avons étés nassés (encerclés) directement par les forces de Police anti-émeutes. Ainsi pris au piège et avec la nasse qui se refermait sur nous les esprits se sont échauffés et certains Black Blocs parmi nous (très minoritaires, quelques dizaines, la plupart très jeunes et motivés) ont alors tenté à 2 ou 3 reprises d’assumer leur rôle de “tête de cortège” et de nous ouvrir une brèche. Sans succès, aux coups de matraques et gazages en règle ils ont répondus par quelques gros pétards… Puis ça s’est vite calmé devant ces échecs et le manque de soutient de la foule, la grande majorité des gens étaient venus en paix et furent impressionnés par le dispositif oppressif déployé pour nous cerner. Nous avons alors compris qu’on allait tous être arrêtés, illégalement, arbitrairement, et c’est ce qui s’est passé! Le processus d’arrestation à duré quelques heures, par petits groupes, menottés (colson plastiques bien serrés) puis transférés aux cachots via des bus et des fourgons. Les gens se sont laissés interpellés dans le calme, sauf les derniers qui ont tentés vaillamment de résister… Tous ont chantés et foutus un beau boxon dans les transports (puis dans les cellules).

Ce fût une drôle d’expérience (enrichissante malgré tout), j’avoue avoir eut un peu peur au moment des légers heurts sur la place au milieu des buildings, mais au final ça s’est bien passé et devant cette situation hallucinante, cette négation de nos droits humains, les gens présents ont fait preuve de beaucoup d’humour et de calme. Certains étaient très énervés, ce qui est parfaitement compréhensible, mais de manière générale ça a surtout chanté beaucoup de slogans anticapitalistes, anti-police etc, beaucoup de blagues aussi, on a bien rigolé.

Les regards vides et dubitatifs de certains policiers et policières derrière leur casques ont compensé les autres, ceux qui étaient déterminés voir haineux. On pouvait deviner que pour une partie des flics le cœur n’y était pas, ils ont malgré tout suivi leurs ordres et effectué leur basse besogne en violant nos droits. Quelques mots sur les 5 heures de garde à vue, passées dans des conditions assez déplorables (surtout pour les femmes, peu d’accès aux WC), de l’eau nous à quand même été donnée très tard avec un petit grignotage.

Certains par contre ont passé de très mauvais moment en interrogatoires, par exemple une personne interrogée violemment fut jetée inconsciente et blessée dans notre 2ème cellule (il y à eut plusieurs transferts), nous avons alerté bruyamment les gardiens pendant 10min avant qu’ils ne viennent enfin le reprendre pour l’emmener aux urgences. Malgré le choc et cette impression d’être parqués comme du bétail (ou des déportés..), de ce que j’ai vu et vécu la plupart des gens en ont profité pour discuter entre eux dans une bonne ambiance.

Des gens de nombreuses régions de France étaient là, même un couple de retraités de l’Ardèche, très courageux même si très déçus de l’ampleur de la répression et des méthodes mises en oeuvre contre nous. Il y avait aussi des allemands et d’autres nationalités, mais également des gens arrêtés par hasard, de simples passants Bruxellois qui se sont retrouvés là au mauvais endroit et au mauvais moment, embarqués avec les autres!

Bilan de la journée (de ce que j’ai compris en discutant en cellules, on à pu garder nos affaires et nos téléphones et donc communiquer, car pour les flics c’était trop compliqué à gérer de tout confisquer vu notre nombre) :

◘ environ 4000 personnes étaient attendues

◘ plus ou moins 2000 furent détournées /empêchés d’arriver

◘ environ 900 arrestations préventives ailleurs dans la ville (avant 13h)

 

Une procédure en justice contre ces dérives

Les Gilets Jaunes Belges comptent bien lancer une action en justice, ils souhaiteraient savoir pourquoi ils ont été placés en garde à vue de manière illégale et sans qu’aucun délit ne leur soit reproché.

Une véritable entrave aux libertés individuelles et à la liberté d’expression. selon l’une des manifestante, à l’initiative de cette procédure, des conseils juridiques et avocats ont été rencontrés dès ce lundi 27.